16 février 2012
A ce moment singulier où les différents candidats à l’élection présidentielle dévoilent leur projet pour la France, chaque citoyen serait en droit de se poser la question : si j’étais Président, au vu du contexte actuel, qu’est ce que je ferais ? Quelles seraient mes priorités ? Quelle méthode de gouvernance et de gouvernement emploierais je pour redonner confiance au pays ?
1-Quels sont les défis ?
Nous sommes face à une situation extraordinaire où l’ensemble des éléments d’une crise profonde sont liés : crise démocratique, crise économique, crise financière, crise sociale, crise écologique et enfin crise morale. Il s’agit à travers la prochaine élection de tenter de retrouver le chemin de la vertu, celui qui nous a échappé au fil des années par manque de courage, d’audace et de volonté réelle de changements des élites économiques et politiques qui ont entrainé les peuples dans l’abime.
C’est donc bien à un moment singulier, à une époque charnière que nous nous trouvons entre 2 choix : un grand bon en avant dans un modèle de civilisation ou le repli sur soi, la redistribution des cartes ou la concentration des richesses, des pouvoirs et aussi des problèmes.
2-Alors un nouvel élan possible, oui mais comment?
Tous les citoyens quel que soit leur âge ou condition ont envie d’espérer pour eux mêmes, pour leurs enfants ou proches un avenir meilleur, à travers un sens collectif, cette force retrouvée qui nous permettrait de traverser les obstacles et les épreuves. S’il y a crise d’un système, d’un mode de pensée, d’un mode d’existence, c’est bien que collectivement nous avons fauté quelque part, nous sommes tombés dans l’excès de beaucoup de choses, qu’il nous faut retrouver des valeurs essentielles qui font que les hommes et femmes coexistent et progressent ensemble sur cette planète qu’il faut préserver absolument.
En même temps, tant d’énergie et de potentiels sont gâchés, faute de trouver les modes d’organisation qui pourraient leur permettre de les accomplir. Les pouvoirs se concentrent aujourd’hui entre les mains d’une minorité au niveau national et surtout international. La mégalomanie de quelques uns fait beaucoup de torts à l’immense majorité au point que nous sommes arrivés à une situation qui ne peut plus durer.
Alors il est plus que temps de redonner le pouvoir aux citoyens, à une société civile en mouvement, à tous ceux et celles qui veulent oeuvrer pour le bien commun sans chercher à s’en orgueillir. Bien entendu, le pouvoir souverain qui s’exprime à travers les élus est là pour mettre en oeuvre le cap défini collectivement ; mais il ne doit pas s’octroyer tous les droits et toute l’initiative de l’action. Quand un pays, un continent, bouge vraiment, cela se fait du haut en bas et de bas en haut de l’échelle sans exclusive. Rien ne résiste à la force d’une volonté collective.
Aujourd’hui, il nous faut remettre à plat notre système institutionnel, nos modes de gouvernance à la fois dans l’espace public comme dans les lieux de créations ou de productions que représentent les entreprises, les coopératives, les associations. Plus de diversités, plus d’expressions libres et fécondes, plus d’ouverture, plus d’éveil à la conscience collective, plus de dialogue, plus d’équilibre entre les différents pouvoirs, bref plus de place au peuple dans ses différentes composantes !
Pour arriver à cela, il nous faut passer à une 6ème République exemplaire, afin de marquer une réelle rupture avec des pratiques et des dérives du système d’organisation politique actuel. Cette 6ème République, elle se doit de partir des initiatives, des inspirations des citoyens engagés ; c’est pourquoi une Assemblée constituante devrait être élue à côté de la prochaine Assemblée législative. Les représentants élus par le peuple, seront chargés de rassembler l’ensemble des contributions et doléances du peuple français dans un processus inédit itératif afin d’aboutir à un texte clair, simple, accessible à tous qui fera que chaque citoyen aura la certitude que les principes et les valeurs démocratiques seront réels, visibles et intouchables. Il faut que la France, dans ce domaine, montre de nouveau l’exemple au monde : une nouvelle Constitution, par le peuple et pour le peuple avec des pouvoirs partagés et équilibrés !
Quelques pistes concrètes que pourrait amener la refonte des institutions et des pouvoirs :
=> Redéfinir le rôle et la place du Président de la République : recentrer sa fonction sur son rôle d’arbitre, gardien de la cohésion nationale et des valeurs de la République et renforcer les pouvoirs du 1er ministre comme acteur principal et majeur de la politique nationale. Le 1er ministre devrait obligatoirement se faire légitimer par un vote de l’Assemblée Nationale, élue selon un scrutin mixte (proportionnel par liste en zone urbaine + majoritaire uninominal en zone rurale ) avant de pouvoir prendre ses fonctions. Le 1er ministre serait proposé par le Président de la République comme formateur du gouvernement. Les élections présidentielles et législatives devraient être concomitantes afin qu’aucune de ces 2 élections ne prévale sur l’autre.
Mettre fin à cette présidentialisation du régime renforcera le pluralisme, et obligera les partis politiques à se constituer en forces de propositions plutôt qu’en écuries destinées à mettre en avant des candidats pour la fonction suprême.
=> Faire du Sénat, l’assemblée de représentation des différents conseils territoriaux (Conseils régionaux, conseils général, métropole et intercommunalités) : chacune des assemblées désigneraient directement un collège de sénateurs (à l’image du Bundesrat en Allemagne)
=> un collège consultatif de citoyens représentant la diversité nationale serait mis en place (sur la base du volontariat et renouvelé tous les ans), donnant son avis sur tout projet de loi majeur au même titre que le Conseil d’Etat forme un point de vue au gouvernement
=> rajouter des articles sur les droits et devoirs déontologiques des différents médias (presse, TV, radio) afin que ceux ci jouent pleinement leur rôle d’intermédiaire, de transmission, d’éducation vis à vis des citoyens et les empêchent d’exercer un pouvoir d’influence trop dirigé sur la conscience des citoyens (devoir de neutralité et/ou de transparence des journalistes notamment)
=> rendre impossible la concentration dans le domaine des médias pour garantir le pluralisme et rendre ces médias indépendant du pouvoir politique
=> donner une valeur constitutionnelle à l’identité numérique des citoyens, à une Charte de l’internet
=> interdire le cumul des mandats électifs (y compris dans le temps) afin de permettre le renouvellement des élu(e)s et redonner du sens à l’engagement
=>inscrire le fait que la vocation de l’Etat est de veiller à l’équilibre harmonieux des différents pouvoirs et contre pouvoirs et de faire des citoyens des acteurs éclairés et responsables de leurs choix individuels et collectifs
=>renforcer le pouvoir des salariés dans les organisations privées par une forme de représentation en capacité de participer à la co-décision et la coproduction avec les actionnaires ou propriétaires de la structure.
3-Quel message singulier de la France en Europe et dans le Monde?
La France doit montrer l’exemple de nouveau et imprimer au Monde ce sens de l’Universalité qui lui a donné tant et tant de reconnaissance aux 4 coins du globe. La France a une longue Histoire, traversée de tumultes et de grandeurs. C’est ce pays frondeur qui a réveillé la conscience des hommes et des femmes par sa Déclaration universelle des Droits de l’Homme, et surtout par l’abolition des privilèges, sa quête inexorable de justice et d’égalité. Les Hommes naissent libres et égaux en droits…
C’est pourquoi la dimension collective du pouvoir de l’expression politique doit retrouver tout son autorité et tout son poids face aux autres pouvoirs notamment médiatiques, économiques et financiers.
Pourquoi devrions nous laisser guider par de simples triple A ou triple 0? La souveraineté des peuples doit retrouver tout son sens dans le fait que les collectivités que sont les Etats, mises en place depuis des siècles ont vocation à transmettre le flambeau d’une génération à une autre, alors qu’une dette y compris financière a vocation à s’éteindre un jour. La politique doit mettre en échec tous ceux qui spéculent sur la disparition des Etats ; une régulation des échanges financiers est absolument nécessaire pour que les volontés collectives retrouvent leur pleine justification. Par ailleurs la souveraineté de l’Europe doit pouvoir s’exprimer par une redéfinition du rôle de la Banque centrale Européenne qui doit servir de moyen de levier et d’instance de solidarité monétaire entre les différents Etats membres : à monnaie unique partagée, cohésion nécessaire entre les différents membres, ce qui devrait donner la possibilité à cette BCE de financer directement les Etats comme le fait son homologue américaine.
Donc il nous faut construire une Europe politique forte basée sur un nouveau contrat entre les citoyens des différents Etats membres et les organisations chargées de les représenter et d’impulser la volonté commune. Là aussi il faudrait écrire un texte simple et compréhensible qui pose les bases d’un modèle européen, soumis à référendum le même jour, afin de démontrer la volonté des peuples d’approfondir la construction d’une identité propre dans ce monde. Un collège de citoyens, de juristes, de représentants de la société civile, d’élus de la Nation, d’éminences spirituelles formeraient au préalable un groupe de travail afin de proposer ce texte.
Suite à cela, une réforme des institutions européennes devrait être proposée et ratifiée afin de se mettre en conformité avec le Texte fondamental européen.
La France doit être aussi un exemple à la fois sur le plan environnemental et doit viser à développer un modèle de qualité de vie, de cohésion sociale et de bien être qui seront les meilleurs facteurs d’exportation de ses savoirs faire et de son savoir vivre.
Cela suppose un niveau élevé d’éducation retrouvé (formation initiale et formation tout au long de la vie), des choix collectifs en terme de transports qui font la chasse au gaspillage d’énergie et aux différentes formes de pollution, la mise en place de solidarités concrètes (notamment intergénérationnelle)
Quelques pistes concrètes :
=>Développement de toutes les énergies alternatives décentralisées (hydrolien, éolien, biomasse, méthanisation, recherches sur les formes de récupération des différentes formes d’énergie)
=>Priorité au ferroviaire court moyen et longue distance sur le continent européen (avec politique de coopération entre les opérateurs nationaux du rail et non à la concurrence)
=>Politique de lutte contre toutes les formes de gaspillage (récupération du trop plein, recyclage des produits, recherche d’optimisations)
=>Favoriser les incitations au co voiturage (notamment dans le calcul de l’IR)
=>Mettre en place une EcoTVA à taux progressif suivant le coût carbone des produits
=> Sauvegarde du patrimoine paysager, culturel (nettoyage de tous les lieux publics saccagés par les déchets (plages, forêts, fleuves, océans), urbanisation écologique des villes (politique de végétalisation des immeubles, des places, des rues)
=> Développement des systèmes d’échanges locaux, de monnaies locales d’intérêt collectif
=>Développement de l’habitat mixte partagé
=>Développement des possibilités d’achats groupés sur le plan légal pour les consommateurs, d’actions collectives des consommateurs
=>Envisager la possibilité d’un revenu minimum d’existence tout au long de la vie qui serait financé par les recettes issues de la mise en place d’un revenu maximal (taux d’imposition à 80% ou 90% pour les revenus très élevés (>400 000 euros))
=>Faire de la puissance publique un garant des transitions à l’intérieur d’une vie afin d’anticiper sur les éventuelles périodes d’inactivités non choisies (passage d’étudiant à actif, transitions ou mutations professionnelles, préparation progressive de la retraite)